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  • Miriel Bougon

L’alternance du mobile et de l’immobile ou ce que j’aime en Ashtanga yoga





C’est probablement l’alternance entre la mobilité et l’immobilité qui m’a donnée envie de découvrir l’Ashtanga yoga il y a quelques années, sans pour autant renoncer au Hatha yoga dont j’apprécie la profondeur du travail énergétique.

L’Ashtanga est moins statique. C’est un yoga dynamique. On y transpire. Au début, malgré l’attrait ressenti, cela faisait naître certaines résistances en moi. Je me disais que ce n’était pas du yoga mais du sport. Que les pratiquants étaient trop agités mentalement pour se tranquilliser et qu’ils se donnaient bonne conscience en se disant que c’était du yoga.


Pourtant, la découverte de sa pratique m’a donné une autre opinion. Après quelques salutations au soleil qui réveillent et échauffent le corps, chacune des postures (toujours les mêmes) est tenue plusieurs respirations avant d’être liée à la suivante par un enchainement dynamique, aussi appelé vinyasa[1]. Il en résulte une alternance entre le mobile et l’immobile. Comme la danse de l’univers.



L’Ashtanga ne renonce pas à la recherche de la posture statique. Et cela me paraît très important. Au-delà du fait qu’un étirement se tient plusieurs secondes voire minutes pour être bénéfique corporellement, il y a quelque chose de profond à s’installer dans une posture. Nous découvrons dans l’immobilité chacune des parties de notre corps et l’effet de notre respiration. Nous prenons aussi conscience de la difficulté à lâcher prise pour simplement vivre l’instant et les sensations ressenties.

Le temps semble s’arrêter sans s’arrêter, un peu comme l’arbre peut paraître figé en fin de journée alors qu’il recèle, à l’intérieur, d’une vie intense et secrète. Cette tentative pour saisir l’instant dans l’immobilité est particulièrement yogique. Elle m’évoque le concept de purusha « le Spectateur ». L’idée d’une conscience cosmique éternelle et immuable, non affectée par le changement, comme en apesanteur. Un peu comme un paysage calme.



Et puis le mouvement revient avec l’enchainement du vinyasa qui permet d’aller vers la prochaine posture. La vie semble jaillir à nouveau. Comme si, tout à coup, un oiseau avait surgi dans le ciel du paysage calme. Le changement se met en place. On touche alors au contraire du purusha -d’après la philosophie indienne du Shamkhya[2]- la prakriti. Cette idée d’une nature sans cesse changeante, soumise à la loi de la cause et de l’effet.

Être en mouvement tout à coup, à la fois centré sur l’action engagée et sur ce qu’il va venir, c’est comme accepter que tout se transforme, que tout à une fin et permet un nouveau commencement. Un commencement à la fois semblable puisque l’enchainement et la posture à venir sont connus tant ils ont été répétés par le pratiquant par le passé. Et différent car notre corps, notre manière d’appréhender les choses, notre concentration, notre respiration ne sont jamais identiques d’une pratique à l’autre.



Il résulte, selon moi, de cette alternance entre le mobile et l’immobile une forme de contemplation intérieure, comme si le corps du pratiquant devenait une infime manifestation de la marche de l’univers. Il crée en initiant posture et mouvement, préserve en s’installant dans l’immobilité puis détruit en allant vers autre chose. La mythologie hindoue personnifie d’ailleurs l’âme de l’univers sous la forme des dieux Brahmā (principe créateur), Vishnu (principe de préservation) et Shiva (principe de destruction). Il n’y a pas besoin d’avoir une maîtrise corporelle acrobatique pour ressentir cette harmonie. La sensation peut émerger dès les premières postures de la première série, les plus simples.



Et puisque André Gide l’exprimera bien mieux que moi, je recopie ici cette magnifique citation :


« Nathanaël, je te parlerai des attentes.

J’ai vu la plaine, pendant l’été, attendre; attendre un peu de pluie. La poussière des routes était devenue trop légère et chaque souffle la soulevait. Ce n’était même plus un désir ; c’était une appréhension.

La terre se gerçait de sécheresse comme pour plus d’accueil de l’eau. Les parfums des fleurs de la lande devenaient presque intolérables. Sous le soleil tout se pâmait. (…)

L’instant était d’une solennité trop oppressante, car tous les oiseaux s’étaient tus. Il monta de la terre un souffle si brûlant que l’on sentit tout défaillir ; le pollen des conifères sortit comme une fumée d’or des branches.

– Puis il plut. »

André GIDE, Les nourritures terrestres (Livre Premier, III), 1897





[1] À ne pas confondre avec le Yoga Vinyasa. Ce dernier est un autre type de yoga, inspiré de l’Ashtanga, mais le mouvement y est constant. Les postures s’enchaînent et ne sont pas tenues plusieurs respirations. [2] Le Shamkya est l’une des six écoles philosophiques indiennes. Datant environ du VIIe siècle av. JC, il s’agit d’un système dualiste qui conçoit le cosmos comme composé d’une nature changeante (prakriti) et d’un esprit immuable (purusha).

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